MICHAEL DAVID BOSWORTH

 


Titre: 16 Seconds, fait en 2016 à France, composite de 16 tableaux

Parfois, les débuts d'une peinture sont obscurs. Il y a toujours plusieurs champs d'investigation qui me passent par la tête. « 16 secondes » en est un bon exemple.

Pendant un certain temps, j’ai pensé que je devais travailler dans un format plus petit. Les grandes toiles sont très cher ici. J'ai un petit atelier et selon l'opinion générale, les petits formats sont plus faciles à vendre. J’ai donc acheté quelques paquets de toiles de taille modeste.

J’ai beaucoup lu à propos du peintre britannique Walter Sickert (1860-1942). J'aime les peintures qu'il a faites d’artistes de music-hall, d’intérieurs minables à l’atmosphère pesante avec un ou deux personnages.

Dans son académie, Sickert a enseigné une technique de peinture incertaine en camaïeu - un rendu de l'image dans une tonalité avec une ou deux couleurs.

Depuis longtemps, je regarde des images de vidéosurveillance sur internet. J'aime la picturalité de la qualité dégradée des images. La caméra est généralement placée en hauteur, de sorte que l’on voit beaucoup de surfaces : rue, quai de gare, sol de supermarché - ce qui limite la profondeur à traiter et donne de l’espace au « vide » (une qualité utile dans un tableau).

Dans mon esprit, Il y avait une correspondance entre «camaïeu» et «caméra».

Sickert est connu pour sa série de tableaux intitulés «Les meurtres de Camden Town». Aucun assassin n’est montré. Dans l'une de ses toiles, un homme est assis sur un lit, la tête dans ses mains, à côté d'une femme nue. Ce travail a été initialement intitulé «Conversation Piece». Sickert a changé le titre lorsque les détails sordides des meurtres de Camden Town ont été rapportés par la presse à sensation.

Il pensait que cela aiderait à vendre ses peintures.

Les images que je regardais sur internet ont une tension similaire. Une violence suggérée, même dans ce qui peut être une scène anodine.

J'ai choisi quelques-unes de ces images et ai commencé à en faire de petits tableaux avec peu de couleurs.

Dès le début, il était clair que ces peintures seraient réunies en un seul tableau.

Les images ne fonctionnaient pas seules. Le format composé était nécessaire pour donner le plein impact du travail.

Tant pis pour mon désir d’éviter un grand format.

J’ai peint «9 routes d'hiver» en même temps que «16 secondes».

Peut-être est-ce une sorte d'antidote.

Alors que «16 secondes» est urbain, branché et illustre les relations et les comportements humains, «9 routes d'hiver» est méditatif, pastoral, dépourvu de présence humaine.

Un autre contraste est la couleur forte (mais pas réaliste) dans l’une des séries et volontairement atténuée, presque monochrome dans l'autre.

Mais pour moi la différence révélatrice provient de la nature de la photographie. Dans les scènes de rue, la caméra est figée sur un point fixe et impersonnel ; dans les paysages, la caméra se déplace à travers l'espace et je suis là, derrière le viseur.

Nous arrivons alors à deux paradigmes différents de la même recherche artistique:

A quoi ressemble le monde ?